Le 23 juillet, Le Monde a consacré un article à la deltaméthrine utilisée lors d’opérations de démoustication. La fiche toxicologique de l’INRS classe cet insecticide notamment H410 : « très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme ».
Ce classement décrit un danger. Il ne suffit pas à évaluer une opération de démoustication. Pour passer de la substance appliquée à un impact potentiel, il faut connaître la masse de deltaméthrine et la part qui atteint effectivement l’air, le sol ou l’eau.
Avant même de connaître les paramètres d’une opération réelle, on peut comparer les facteurs de caractérisation appliqués à une même quantité de deltaméthrine émise dans l’eau, l’air ou le sol.
Sept flux de deltaméthrine dans Agribalyse
Agribalyse 3.2 contient sept flux élémentaires nommés Deltamethrin, exprimés en kilogrammes. Ils couvrent plusieurs compartiments :
- sol agricole ;
- sol forestier ;
- sol sans sous-compartiment ;
- rivière ;
- eau souterraine ;
- air en zone peu peuplée ;
- air en zone peu peuplée à long terme.
Ces flux sont utilisés dans 2 402 procédés de la base. Le flux vers le sol agricole apparaît dans 2 262 procédés, celui vers l’air en zone peu peuplée dans 44 procédés et celui vers la rivière dans 43 procédés.

La recherche dans VoLCA retrouve les sept flux Deltamethrin d’Agribalyse 3.2. Les sous-compartiments distinguent les trois flux vers le sol, les deux vers l’eau et les deux vers l’air. Capture réalisée avec VoLCA 0.9.5-dev sur l’instance utilisée pour cette vérification.
Cette présence ne signifie pas que les produits issus de ces chaînes contiennent de la deltaméthrine. Il s’agit d’échanges environnementaux enregistrés dans des procédés ACV. Selon le type de jeu de données, ils peuvent décrire un échange direct ou provenir d’une chaîne déjà agrégée.
Un gramme, trois résultats
Les flux ont été caractérisés avec la catégorie « Ecotoxicity, freshwater » de la méthode Environmental Footprint 3.1, dans sa version 1.03 distribuée pour SimaPro. Les correspondances utilisées pour la comparaison ont été vérifiées dans VoLCA.

La table de correspondance montre la cause de l’écart : pour 1 kg émis, l’interface affiche un facteur arrondi à 3,99 × 10⁹ CTUe pour l’eau, 1,53 × 10⁷ pour l’air peu peuplé et 246 660 pour le sol. Les résultats ci-dessous sont ces facteurs ramenés à une émission de 1 g.
Les différences viennent donc directement des facteurs de caractérisation. Pour une même émission hypothétique de 1 gramme de deltaméthrine, le calcul donne :
- 3 986 800 CTUe si le gramme est affecté à la rivière ;
- 15 259 CTUe s’il est affecté à l’air en zone peu peuplée ;
- 246,66 CTUe s’il est affecté au sol.
Que représente l’unité CTUe ?
CTUe signifie « unité toxique comparative pour les écosystèmes ». Elle exprime une fraction d’espèces potentiellement affectées, intégrée sur un volume d’eau et une durée : 1 CTUe = 1 PAF · m³ · jour. Par exemple, 10 % d’espèces potentiellement affectées dans 10 m³ pendant un jour représentent 1 CTUe. C’est un indicateur comparatif d’impact potentiel, pas un nombre d’espèces réellement touchées ni une prédiction du risque écologique local.
Dans cette méthode, le facteur appliqué à l’émission vers la rivière est environ 261 fois supérieur à celui de l’air et 16 163 fois supérieur à celui du sol.
Ces écarts ne permettent pas de déduire la répartition réelle d’un traitement. Ils montrent pourquoi la fraction supposée atteindre l’eau domine fortement le résultat d’écotoxicité potentielle. Une analyse qui publierait un score unique sans rendre cette hypothèse visible donnerait une impression trompeuse de précision.
Quels procédés utilisent ces flux ?
La recherche inverse permet de partir d’un flux et de retrouver les procédés et produits qui l’utilisent directement. Pour le flux vers la rivière, Agribalyse contient notamment des procédés liés à la production de maïs grain, de colza, de laitue et de poireau.
L’inspection d’un procédé de production de maïs grain montre plusieurs échanges directs de deltaméthrine vers le sol agricole, le sol forestier, l’air et la rivière. Ce type de vérification est nécessaire pour comprendre ce qui se trouve réellement dans l’enregistrement avant d’interpréter un résultat cumulé.
Pour un produit aval, l’étape suivante consisterait à attribuer la quantité cumulée de deltaméthrine aux procédés amont qui l’émettent et à montrer leurs chemins dans le graphe de production. Cette attribution ciblée permettrait de distinguer une contribution importante, une quantité surprenante, un compartiment discutable ou une pratique qui mérite une vérification.
Ce que le calcul ne mesure pas
Les CTUe représentent un potentiel d’écotoxicité dans une méthode ACV. Ils ne mesurent pas :
- l’exposition des habitants ;
- le nombre d’organismes réellement affectés ;
- le risque sanitaire local ;
- l’efficacité du traitement contre les moustiques ;
- l’équilibre entre le risque vectoriel et les effets environnementaux.
Le calcul ne permet donc pas de décider si une opération de démoustication est justifiée.
Passer de la comparaison à 1 gramme à une opération réelle
Une analyse de cas demanderait au minimum :
- le produit commercial utilisé ;
- sa concentration en deltaméthrine ;
- le volume pulvérisé ;
- la surface traitée ;
- des hypothèses documentées de dérive et de déposition ;
- les précautions appliquées autour des milieux aquatiques.
Avec ces données, le résultat pertinent ne serait pas un chiffre unique. Une carte de sensibilité pourrait faire varier la dose appliquée et la fraction atteignant l’eau, tout en affichant séparément les masses dirigées vers l’air, le sol et l’eau.
Cette présentation rendrait explicite ce qui vient des données, ce qui vient de la méthode et ce qui dépend encore d’hypothèses propres à l’opération.
Sources et méthode
- Deltaméthrine, fiche toxicologique no 193 - INRS, mise à jour mai 2026.
- La deltaméthrine, insecticide utilisé lors des opérations de démoustication, pointée du doigt pour sa toxicité - Le Monde, 23 juillet 2026.
- Base interrogée : Agribalyse 3.2.
- Moteur : VoLCA 0.9.1.
- Méthode : Environmental Footprint 3.1, version SimaPro 1.03, catégorie « Ecotoxicity, freshwater ».
- Facteurs vérifiés : rivière
3 986 800 000 CTUe/kg, air peu peuplé15 259 000 CTUe/kg, sol246 660 CTUe/kg.